Lascaux expose à Paris

Lascaux expose à Paris, Porte de Versailles

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Une promenade toute subjective, m’a conduite de l’entrée de l’exposition à une grande salle toute noire éclairée çà et là d’espaces de rencontre avec les hommes de Lascaux à travers l’art pariétal du Solutréen. Un petit film nous relate la découverte émerveillée de la grotte par l’écolier qui courait derrière son chien disparu dans un trou du relief du pays de la Vézère et de toute l’histoire qui s’en est suivie. Des reproductions en trois D nous dévoilent la configuration étrange de la grotte de Lascaux – mais tout ce qui est caché ne nous apparaît-il pas souvent étrange ? – sorte de boyau diverticulé qui s’enfonce dans le sol.

Puis, je me laisse porter là où m’attire mon regard.

Un très grand panneau reproduit tous les animaux de la grotte, étalés et superposés, en ligne claire inversée, blanc sur fond noir, tel un palimpseste dont toutes les couches successives seraient dévoilées. Un souvenir me revient, un dessin à faire en classe de 6ème, l’époque où l’on découvre la préhistoire, le thème : dessinez la préhistoire. J’avais dessiné au fusain noir un mammouth, une silhouette de mammouth sur du papier canson blanc. Et devant moi s’étalent en négatif tous les mammouths de mon année de 6ème, sauf qu’il n’y a pas un seul mammouth dans la grotte de Lascaux mais d’autres animaux, des ongulés pour la plupart, quelques félins, tout aussi fascinants et évocateurs. Çà et là des espaces très didactiques exposent l’art et la manière des peintres d’autrefois mais aussi des peintres d’aujourd’hui.

En effet, cette exposition est double, c’est à la fois celle des hommes du Paléolithique et celle des hommes des XXe et XXIe siècles : le travail des scientifiques, des artistes et des artisans contemporains se déploie devant nous comme l’écho vif de la production des hommes de Lascaux en une réalisation émouvante dans laquelle transparaissent, en hommage reconnaissant à nos grands ancêtres, un enthousiasme, un respect et une ferveur, accompagnés d’une grande rigueur scientifique. Les artistes d’aujourd’hui ont refait à l’identique le travail d’hier, en utilisant les mêmes outils sur les parois d’un fac-similé de la grotte reproduite au millimètre près à l’aide de procédés et de moyens, quant à eux, tout à fait modernes.

Sur les tronçons de grotte ainsi reproduits et exposés – la Vache noire, les troupeaux de chevaux, Les Bisons Adossés, Les Cerfs Nageant, La Scène Du Puits – nous découvrons que les hommes de Lascaux avaient déjà inventé le procédé de la bande dessinée : un cheval à la tête dessinée à plusieurs reprises, dans des postures différentes et dans un tracé plus léger, suggère le mouvement de l’animal qui encense de la tête alors que le tracé de ses jambes arrière indique une ruade vigoureuse.

Ainsi découvrons-nous aussi que le cheval que peint l’artiste, juché sur un échafaudage que nous sommes obligés d’imaginer, a une représentation différente pour lui – longue, étirée, déformée – de celle qu’il donne à voir, parfaitement harmonieuse, à l’observateur situé d’un autre point de vue : la perspective est déjà présente alors qu’il nous a fallu attendre la Renaissance pour la voir apparaître dans la peinture.

De même les « Bisons adossés » croupe contre croupe, en s’appuyant sur le relief de la paroi rocheuse, donnent à voir les profondeurs différentes des champs : les irrégularités de la roche impriment ainsi à leur corps la densité et la puissance que nous attribuons généralement à ces animaux. Le mouvement, le relief et l’entrecroisement des bisons sont de plus accentués par une technique de peinture très élaborée.

Et pour ce qui est de l’effet palimpseste, décrit plus haut, je découvre, grâce à la lumière noire, un troupeau entier de chevaux gravés autour et en-dessous de « la Vache Noire », et invisibles à l’œil nu. Il est ainsi possible de détecter que plusieurs artistes se sont succédé, plusieurs et à des époques différentes notent les scientifiques.

Autre scène, celle dit « La scène du puits », l’une des rares représentations de l’homme. Les scientifiques signalent que l’image de l’homme figure très rarement à plusieurs reprises dans le même sanctuaire et il en est de même à Lascaux. Néanmoins, la scène du puits témoigne d’un épisode particulier à fort potentiel narratif : un homme à tête d’oiseau est étendu, le sexe dressé, aux pieds d’un bison peut-être prêt à charger (de nouveau ? puisque l’homme semble blessé ou mort). Au-devant de la scène un oiseau juché sur un bâton, décrit par les ethnologues comme un psychopompe, celui qui accompagne les âmes. Le bison est lui-même blessé, ses entrailles, volumineuses, jaillissent de son corps percé par une sagaie. Un rhinocéros noir à poils laineux complète la scène.

Et puis, çà et là, apposés sur certains murs, des signes abstraits, sans signification apparente que les chercheurs de l’art paléolithique ont cherché à comprendre en appliquant les méthodes de la sémiologie structurale pour établir une typologie de ces dessins non figuratifs. Ils ont établi que la mise en relation de ces signes entre eux était à considérer comme les parties constitutives d’un système sémiotique. Ainsi, à Lascaux, l’écriture n’était pas loin.

Après plusieurs interprétations portant sur l’origine de ces antiques témoignages et sur les motivations qui incitèrent les hommes de Lascaux à peindre ou à graver aux tréfonds de cavernes, celles qui sont retenues « mettent en évidence le fait que la construction des panneaux suivait un protocole immuable au cours duquel le cheval est toujours gravé en premier, suivi de l’aurochs, puis du cerf. Sous ces conditions, le temps prend ici toute sa valeur. Cet enchaînement systématique appliqué à l’ensemble des compositions de ce sanctuaire répondait à des nécessités d’ordre biologique, révélés par les caractères de saisonnalité présents sur les animaux. Cette analyse montrait que les chevaux étaient en livrée de début de printemps, les aurochs d’été et les cerfs d’automne. Les différentes phases de ces signes biologiques indiquent pour chaque espèce animale les prémices de l’accouplement, rituels d’où résulte la vie. Au-delà de cette lecture au premier degré, c’est le rythme, voire la régénération du temps qui est symbolisée. Se trouvent ainsi reproduite les phases du Printemps, de l’Eté et de l’Automne, évocation métaphorique qui, dans cette conjoncture, lie le temps biologique au temps cosmique. » (http://www.lascaux.culture.fr/.)

Le temps de l’exposition est en principe estimé à une heure, j’y suis restée trois heures et demi sans voir le temps passer.

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