Conclusion

ORDRES ET DESORDRES DU SEXUEL

Conclusion

« Ordres et Désordres du Sexuel », cette thématique est particulièrement sensible aujourd’hui au regard des passions humaines et des changements en profondeur de notre société. Si les mouvements impulsifs du sexuel ont toujours été limités par l’ordre social néanmoins la crise des civilisations que nous traversons vient bousculer des normes établies qui situaient de façon structurée les modes de transmission généalogique et la différence sexuelle sur lesquelles sont fondées les sociétés. Ces bouleversements de société nous obligent à repenser ces normes au sein de la crise qu’ils provoquent avec le risque toujours récurent de nous arrimer de façon nostalgique au passé ou de jouer les imprécateurs en face d’un monde qui échappe à notre entendement immédiat. Les recherches scientifiques affinent les possibilités de la reproduction allant jusqu’à la désincarner, créant ainsi un vide de représentations qui mobilise la société dans des remous qui remettent en question jusqu’à la procréation. Le Droit interpellé, se mobilise pour tenter de réactualiser, en la limitant, une réalité de transgressions potentialisée par la mondialisation. Une confusion entre désirs et besoins impérieux à satisfaire se manifeste dans une revendication de plus en plus accessible de jure au citoyen pris dans l’individualisme aujourd’hui de rigueur, individualisme de masse, qui entraîne une floraison de communautarismes égalitaires poussant à niveler des différences tout en les soulignant. Et le droit se trouve lui-même en difficulté pour tempérer et cadrer des demandes. Deviendrait-il une chambre d’enregistrement ? De ce fait le langage a fort à faire pour structurer les paradoxes inhérents à l’émergence de ces demandes. Par ailleurs, se manifeste, dans l’excès, une sexualisation immédiatement présente à tous qui modifie l’intimité et son partage d’élection, multiplie les identités tout en exigeant leur reconnaissance : dispersion ou pluralité ? Ces interrogations nous amènent à considérer la fragilité accrue d’une symbolisation qui en se perdant ou peut-être serait-il plus juste de dire en se dispersant pourrait nous confronter à la chose sans profondeur en risque d’être toujours flottante et confuse du fait de son immédiateté. La psychanalyse se doit de penser ces changements, métamorphoses et émergences, pour reprendre des notions évoquées par certains intervenants, d’observer leur influence sur la psyché, de considérer cette pluralité des exigences en matière de reconnaissance des identités sexuelles et des droits naissants y afférant, tout se gardant des écueils d’une polarisation excessive. Autrement dit, notre angle de vue a changé avec les mouvements de civilisation – ou peut-être est-ce le contraire ou tout au moins concomitant ? – et ce nouveau regard porté sur l’ordre qui a été, le perçoit aujourd’hui comme un conditionnement qui avait figé les formes d’expression de la sexualité dans une hiérarchie que nous peinons toujours à transformer en une alliance équitable. D’où l’importance des croisements et des échanges de pensée dans ce qu’ils apportent aux cliniciens que nous sommes ici pour la plupart d’entre nous, à travers ces nouveaux objets d’interrogation qui nous amènent à vivre et travailler notre contre-transfert selon des perspectives de plus en plus inédites. Ainsi, ce que nous avions pu penser comme de la perversion apparaît comme autrement plus archaïque, voire barbare, enraciné dans un auto-engendrement dans lequel l’objet-corps se déploie et s’installe comme mode immédiat de rencontres, faisant de l’intérieur un extérieur à exposer dans des mises en scènes où la transformation des enveloppes psychocorporelles en recherche de frontières toujours fuyantes, donne lieu à des débordements avec ce qui nous apparaît, pourrait nous faire craindre, comme une perte de symbolisation. S’agit-il d’observer là une nouvelle forme de transitionnalité, avec des diversifications possibles, de nouvelles discriminations moins binaires, se frayant un chemin dans un univers socio-historique en mutation ? Le CIPA vous propose de continuer cette réflexion lors de notre prochaine Rencontre-débat, le samedi 22 novembre 2014 dont le thème sera : A corps & Désaccords.

Christine Gioja Brunerie

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