Energie/symbole

Conférence pour des psychanalystes de Rouen SPP.

Freud place la notion d’énergie en psychanalyse au cœur de la conception de la psyché, dans ce siècle une réflexion s’impose sur cette dimension.

Préambule

La motilité est première

Le Monde est entièrement en mouvement et ceci est continu.

Panthéon Paris

Le pendule de Foucault par exemple nous montre cet incroyable, contre intuitif mouvement du sol sous nos pieds.

A un degré supérieur la théorie du bing bang généralise encore la situation.

Cette notion de mouvement, induit la notion d’énergie, et par conséquent la notion de forces.

L’image. La forme.

C’est une réalité physique indépendante de l’homme, (différente de imaginaire) , une réalité mobile, qui peut être multiplie .

L’homme a plusieurs particularité vis à vis d’elle :

Il y est sensible (différent de connaître)

Il l’intègre dans l’organisation de ses activités,

Il accède à la forme pour l’utiliser dans une activité de métamorphose :

Il invente des objets sur de multiples supports pour la capter : les miroirs,les appareils photos….

Mais aussi pour la concrétiser:

Degas pourra dire : « le dessin n’est pas la forme, il est une manière de voir la forme »

La sculpture, l’architecture en sont d’autres exemples.

C’est aussi de forme qu’il s’agit dans la danse, dans la musique et au delà dans l’équilibre des forces qui les régissent .

Ainsi, si la forme régit le mouvement qui résulte d’un équilibre momentané de forces ,la forme régit cet équilibre, voire régit les forces.

On peut penser que l’espace dans lequel s’inscrit la forme a probablement plus de 4 dimensions.

Le symbole

On le dit propre à l’humanité

Si dans son origine est évoquée une convention passée entre deux personnes, concrétisée par un objet cassé qui en témoigne (formes qui s’emboitent): Il s’agit bien là d’une métaphore.

Ce qui se voit c’est un ensemble de personnes qui découvrent ce qui peut convenir pour faire lien dans une dynamique de forme.

Les formes des énergies permettent à l’homme qui s’en saisit d’accéder au symbole . Son cerveau a atteint un niveau de complexification qui le conduit vers cette appréhension.

Formulation du questionnement

La psychanalyse dans la métapsychologie qu’elle élabore a cette différence avec les élaborations philosophiques, dans le fait qu’elle tient compte de la notion d’énergie.

La notion de psyché chez Freud fait référence à une dimension dynamique.

Elle est repérée en premier lieu par le mot « trieb » qui entretient une proximité avec le mot instinct en particulier lorsqu’il s’agit des conduites sexuelles.

La libido est cet ensemble conceptualisé d’énergie dont les pulsions portent l’élément dynamique primordial.

Au cours du développement  de la psychanalyse cette notion va évoluer, d’abord à coté des pulsions sexuelles, interviennent d’autres niveaux ,celui de l’auto- conservation, et le constat d’une évolutivité destructrice amènera l’hypothèse de pulsions de mort, terme qui renvoie à la vie. Ainsi pulsions de vies et pulsions de mort sont conceptualisées ouvrant une autre dimension. Elles sont parfois rapprochées de liaison / dé-liaison dans le cours de l’organisation et de la complexification du devenir pulsionnel.

je me propose d’étendre la dynamique de mouvement balisée par Freud, car si le sexuel et la vie en témoignent, l’univers lui-même en est traversé, avec l’idée d’un mouvement omniprésent. Elle correspond à cette définition étymologique d’Eros : ce qui meut sans être mu.

Nous sommes loin semble –t-il de la question de l’humain et en particulier de notre travail de mise en sens par le psychanalyste.

A ce sujet la première remarque porte sur la polysémie du mot sens : direction,  sensation, signification avec  en commun une notion de mouvement. C’est par le mouvement que la question s’aborde, car il préexiste à la question du sens même. ( Exemple la lumière existe avant l’œil.)

La seconde remarque est que mouvement et dynamique renvoient aux notions d’énergie, et les conceptualisations en physique ont bien avancé sur ce sujet en formalisant des modèles nouveaux.

Dans cette direction l’ hypothèse d’une conception holographique de l’univers est tout aussi questionnante dans la mesure où s’entrevoit une connexion profonde entre l’information, l’espace-temps, la matière et la gravité, ou bien fait-elle partie d’un autre espace qui ne nous concernerait pas ?

La psychanalyse retourne continuellement à la clinique pour enrichir son élaboration. Cette clinique se situe dans une forme particulière  d’interrelation humaine où une circulation qualifiée de  transfert et contre transfert se déploie, ce qui constitue le champ d’observations. Cette circulation requière de l’énergie, mais qu’elles énergies sont impliquées?

 Les sources se résument-elles aux seuls interlocuteurs ?

Ce qui circule : c’est l’air des mots, un des  matériaux du symbolique pour l’homme (un étant ?). Il circule dans un espace entre deux personnes qui n’est pas vide (sinon le son ne circule pas) mais dans de l’air où nous sommes communément plongés. Ceci est un premier niveau d’observation. Pour créer un son, il faut le mettre en vibration avec une certaine force . L’air aussi peut avoir sa propre force, le vent par exemple qui modifie beaucoup les paroles, et pas seulement la tonalité, mais parfois aussi le rythme, voire le contenu.

Je formule ici une première proposition : l’inter humain va se définir comme l’espace (ensemble des réseaux : matériels et ondulatoires) où est encodé et circule le symbolique : le champ de l’humain.

Je prends la parole comme support de base, on pourrait prendre également le tact, l’odorat,la vue, restant toujours pour l’échange dans le registre symbolique.

Pourquoi rester dans le symbolique ? Parce qu’il constitue le seul accès d’actions (distingué d’un mouvement corporel ) P44 Danto.

En effet avant de poursuivre sur les bases de cette première proposition, remarquons qu’elle va induire tout le développement qui suivra. Cela résulte de l’aspect performatif du langage : il définit d’une certaine façon ce qui se veut une réalité, induit les actions qui en découlent. (Remarquez que l’action entre dans l’ensemble des mouvements possibles) . Certains auteurs ont même pu dire que la réalité est ce dont on peut parler.

Ainsi c’est dans l’inter-relation que va se réorganiser pour les humains le rapport au monde dans son ensemble. C’est à dire le rapport des humains entre eux, mais aussi des humains avec leur environnement. (l’anthropocène)

Tout ceci implique que le concept de libido dans sa source individuelle ne suffit plus comme seule source d’énergie. Cela implique aussi  la possibilité qu’un effet sur l’individu peut avoir valeur de charge ou recharge en énergie ; la sensation n’est pas que l’effet retour d’un  investissement, c’est aussi une réception. A titre d’exemple sur la continuité du moi, certaines expériences traumatiques  entrainent une discontinuité que peut évoquer la personne.(Damasio)

Enfin si la notion d’énergie se conçoit aisément lorsqu’il est question d’activité symbolique, il n’en est pas de même de la formulation « énergie psychique » qui relèverait du paradoxe au même titre que la formulation de « traumatisme psychique. »

La psychanalyse a été la première a évoquer cette question de l’énergie dans la relation inter humaine .Elle ouvre à d’autres niveaux en gardant pourtant la dimension d’espace entre les interlocuteurs.

Développons maintenant les différentes propositions formulées :

1) la relation interhumaine comme fondement d’un rapport au monde

Nous savons que le rapport au monde s’est initié avant la naissance, depuis l’intérieur du corps de la mère, avec celui-ci, au delà de lui, portant l’emprunte d’une dimension humaine par le biais de la personnalité de la mère dans sa façon d’être, donc d’agir.(communication entre mère et fœtus qui incluent sa parole sonore, et les conséquences des actes de son champ humain , elle fume ?elle rit ……)

L’échographie et l’électro-encéphalographie ont révélées que le fœtus a une activité motrice éveillée de caractère spontanée, parfois il paraît à l’initiative.)  Il explore son univers environnant par une gestualité dont le déroulement laisse penser les prémices d’un repérage spatio-temporel, en particulier par le tact, et la mise en place des premières relations inter-humaines à travers la paroi du ventre maternel.

Ce n’est que plus tard, sorti de cet enveloppement(clos et liquide),le corps se trouve dans un contact particulier « direct  ». Il se fait entre autres: la pénétration de l’air (à noter que cet espace aérien est lui même limité) dans les poumons, la mise au point de la vision et la transformation du domaine tactile . Nous savons qu’il va contribuer à l’introduction de nouveaux repères différenciés pour remanier l’ espace et la motricité au cours du développement.

2) les moments d’accès à la dimension symbolique comme moment de rupture :

La naissance était souvent considérée comme première expérience de  séparation.

Mais l’expérience fœtale à laquelle nous avons fait référence montre qu’elle n’est pas  première , si ce n’est  par la violence qu’elle déploie, celle d’un véritable séisme.

En effet pendant la gestation la distinction : corps propre/corps autre, peut se faire déjà par discrimination tactile et constituer un précurseur de repères et d’organisation dans la perception en particulier pour guider l’action, l’accès à la symbolisation demande d’autres contingences.

Cet accès à la symbolisation que Freud situe au moment du complexe d’œdipe et de l’angoisse de castration s’inscrit dans une contextualité qui convoque d’autres registres.

Pour autant la dimension étape de développement focalise un franchissement, un écart, une différence par sa mise en activité, il devient constituant dans la suite du déroulement.

Le prototype Freudien est la différence des sexes, différence cette fois observée dans le champ visuel, et qui se réfère à une image optique. Ce repère souligne bien la  dimension d’investissement libidinal  (énergie) requis pour en faire apparaître une construction prototypique d’une différence qui  n’est qu’une parmi d’autres,( cf supra)

On sait qu’un débat s’est produit autour de cette conception situant la différence des sexes comme fondamentale à l’accès au symbolique, pour envisager la possibilité d’autres expériences comme organisatrices, en particulier celles induites par la préexistence du champ symbolique à la venue du sujet. Ceci place l’origine du symbole dans le champ anthropologique, mais il est possible de rester dans le champ freudien : L’anthropologie freudienne pose le meurtre du père et l’interdit de l’inceste comme fondement du social, prototype du passage à l’ancrage symbolique dans l’organisation humaine. Une étape est repérée qui fait la différence avec les relations inter-individus du monde animal.

La vue ne donne pas en soi l’accès au symbolique, mais pour paraphraser Lacan, c’est dans le rapport spéculaire que se structure l’unité de l’objet comme celle du sujet dans le champ du symbolique.

Il n’y a pas que la vue qui permet de voir, cela peut passer aussi bien par d’autres chemins , l’ouïe, l’odorat, le toucher, chacun en mesure de contribuer à la constitution d’une image. Le symbolique se construit par l’image.

3) Etudions maintenant la façon dont Freud introduit spécifiquement  la question de l’énergie avec la notion de pulsion.

En théorie psychanalytique, la pulsion est retenue comme « processus dynamique consistant dans une poussée qui fait tendre l’organisme vers un but. » Il y a là, la notion de force et d’énergie. Elle se situe dans chaque organisme humain :

« Sa source est envisagée comme une excitation corporelle, son but est de supprimer l’état de tension qui règne à la source pulsionnelle. C’est dans l’objet ou grâce à lui que la pulsion peut atteindre son but. » Telle est la définition du vocabulaire de psychanalyse de Laplanche[1] p 360.

Pour l’excitation corporelle, l’origine est –elle purement interne  au corps ou produite par effet, par action de l’extérieur ? La question n’est pas posée d’emblée, mais c’est de l’intérieur du corps que nous partons pour parler de pulsion. Mais l’intervention d’un « objet » qu’elle s’est choisie est requise. Cette formulation est ambiguë, elle peut apparaître tautologique si il n’y a objet que par la pulsion, dans ce cas se définit un espace clos de l’univers de  humain sur lui même. Formulation constructiviste dans la  mesure où l’objet  ici ne n’existe que par effet de retour de l’investissement. Or l’univers est aussi fait de ce qui n’est pas ou pas encore investi par l’humain , perceptible ou non avec des effets qui impactent la psyché. La notion de trauma s’inscrit peut être à ce niveau l’investissement est alors postérieur à un ressenti mémorisé, il n’y a pas toujours l’aptitude d’une réception ou d’une perception, cela dépend du niveau d’action de l’élément pénétrant. La maladie infectieuse est un bel exemple, ce qui est ressenti est souvent la réaction du corps, pas la bactérie en elle même.

Toujours dans ce que souligne Laplanche « cette notion énergétique relève de deux types d’excitations « reitz »

« Une excitation externe que l’homme peut fuir, une excitation interne qu’il ne peut fuir et qui est du ressort du fonctionnement psychique. »Freud

De cette assertion apparemment simple, il résulte une limitation de la source d’énergie du psychique, qui ne se confond pas avec les limites du psychique. La frontière posée de cette délimitation n’est pas aussi claire qu’il paraît. L’homme peut certes fuir cette excitation externe, cette fuite est elle même résultat d’un effet interne qui ne s’efface pas pour autant.

La pulsion énergie interne associe : poussée, source, objet, but, sexualité. C’est une force somatique, une énergie du psychique, concept duel psyché et soma.(La pulsion est liée à un représentant psychique).

4) Configuration du symbole à partir du concept dualiste de la pulsion

Parlons du représentant psychique: Il est l’expression psychique des excitations endo-somatiques (la précision de son origine n’est pas repérée : générateur interne ou effet de la relation avec l’extérieur?) Il situe le cheminement entre l’origine somatique et le but dans un destin psychique . C’est le parcours de cette énergie qui les qualifient c’est une délégation du somatique dans le psychique.

La pulsion elle même : représentant de l’excitation somatique, et dans le psychisme un représentant de la pulsion sous la double forme : celle de représentant-représentation (représentation du coté de l’idéalité) et celle de quantun d’affect.

Cette notion de représentant-représentation auquel la pulsion se fixe et par la médiation duquel elle s’inscrit dans le psychisme est la traduction des deux versants convoqués : Représentanz pour délégation et vorstellung pour représentation.

Le refoulement ne peut pas s’exercer sur la part somatique, mais uniquement sur la part représentant-représentation, vers l’inconscient.

Freud distingue trace mnésique et représentation, celle-ci constituant l’investissement (énergie) de la trace mnésique. Freud précise qu’une trace mnésique pure désinvestie n’existe pas. Une telle proposition a beaucoup de conséquences, nous y reviendrons.

Attardons nous sur la représentation but. Freud évoque ce qui oriente le cours de la pensée, une finalité d’un enchainement vers des représentations qui assurent une attraction des autres.(doctrine associationniste) Nous reverrons à cette occasion la dimension principe de plaisir.

Attardons nous enfin un instant sur la distinction représentation du mot, représentation de la chose, pour souligner qu’il ne s’agit pas d’une différence de canal de sensation, mais d’un positionnement topique. Il ne s’agit pas en effet du son de la sensation, mais du mot de la conscience. Nous approchons du symbole.

Jusque là  les propos tenus sont ceux de Freud tels qu’une lecture bibliographique peut les retrouver .

5) la survenue du symbolique est en rapport avec un aspect de l’organisation de l’énergie.

Elle situe un écart qui survient par le fait d’une sorte de renversement. L’énergie dont il est question est pulsionnelle dans la mesure où elle entre dans le champ psychique. C’est le champ psychique qui détermine l’énergie dont il s’agit. Ce qui n’est pas mentionné c’est la question de la nature de l’excitation, de quel type d’énergie s’agit-il?, un nouveau type d’énergie: l’énergie psychique?

Cet écart fonde la valeur symbolique : une énergie parmi d’autres:énergétique spécifique d’un ensemble psychè-soma. Auquel s’ajoute la possibilité de modulation de l’ écart entre soma et psyché,(entre énergie et représentation) qui dans la psyché se formule sur le modèle du mythe d’œdipe pour l ‘émergence du refoulement.

Nous verrons ultérieurement une approche plus complexe.

6) Evolution de la notion de pulsion

Plusieurs aspects dans ce qui vient d’être avancé focalisent notre attention.

A) La pulsion dans l’œuvre freudienne va être approchée d’une façon qui va évoluer dans la métapsychologie.

Au départ Freud dans une première conception cantonne la pulsion à la libido, c’est à dire à l’élan sexuel qui mobilise l’individu humain pour la dimension de mise en forme psychique de la relation vers « l’autre »dans sa différence sexuelle. Elle est sous le registre du principe de plaisir.

Mais elle ne recouvre pas l’ensemble de la dynamique du vivant.

Dans une deuxième conception: il oppose pulsion de vie, pulsion de mort. Il m’apparaît que c’est du champ symbolique et de l’intérieur de cette organisation symbolique que le travail d’élaboration se fait. Aux termes vie, mort s’ajoute pulsion qui les placent dans le champ humain et délimite celui-ci. Mais vie/mort, existant/détruit, mouvement /fixité se trouve dans le monde, sans pulsions ? Par instinct ? Par déterminisme ? Pourtant le terme pulsion est de fait une reprise de ce qui réfère à la poussée, à la tendance, bien au delà du champ du corps.

C’est par l’exploration de   » Au delà du principe de plaisir  »  que Freud a introduit ce nouveau dualisme.

« Au delà du principe de plaisir » est aussi le texte qui sert de référence à Dérrida[2] pour déconstruire cette formalisation d’opposition et ouvrir de nouveaux champs.

(Gardons cependant à l’esprit que la notion de pulsion n’est qu’un des maillons de la méta-psychologie, la mise en question par Derrida s’appuie néanmoins sur le corpus théorique freudien)

B) Dérrida  et le questionnement porté aux propositions freudiennes des pulsions et de leur économie.

En premier lieu Derrida effectue une étude des formulations employées par Freud.

 D’abord il note l’impossibilité pour Freud de s’arrêter pour cette approche à une « thèse »: Il préfère l’appeler une «  dérive fictionnelle.» Il précise : « je ne dis pas littéraire. »,il ne s’agit  donc pas de littérature.

La différence me paraît avoir pris aujourd’hui de l’importance. Cette fiction prend place dans un abord qui se veut scientifique, mais le rapport entre fiction et réalité a beaucoup été réévalué ces temps derniers ( la fiction,une réalité parmi d’autres). Cette démarche spéculative s’est imposée chez Freud sa métapsychologie.

Dans un deuxième temps Derrida  examine la logique des étapes.

    Première étape : Comment Freud établit-il l’autorité du principe de plaisir ?

Dans cette spéculation, Freud recoure pour établir cette autorité à toute une rhétorique énergétique. Elle s’appuie sur les travaux de Helmholtz et de Fechner qui s’intéressent à des énergies comme la chaleur par exemple. Freud comme Breuer assimile l’énergie libre à l’énergie librement utilisable, celle qui peut se manifester sous une  autre forme que la chaleur. Nous verrons que cette façon de les séparer n’est pas tenable.

Freud n’hésite pas à parler du plaisir comme l’issue du rétablissement de l’équilibre dans un principe de constance physico-chimique, reprenant les principes de Fechner.

Plus exactement se mesure l’augmentation ou la diminution des tensions dans le temps du déséquilibre (un temps déterminé).

La difficulté est que le mot plaisir, symbole, mot de la conscience, s’inscrit dans une topique secondaire différente de la topique énergétique de la sensation primaire, et nous savons que cette topique répond à des lois différentes. Aucune analogie n’est envisageable entre les deux topiques pour être en mesure décrire le devenir énergétique.

Notons cependant que cette approche du plaisir prend en compte les notions de variation temporelle d’énergie, autrement dit de changements, de mouvements en cours.

 Deuxième étape : Les rapports du principe de plaisir /principe de réalité.

C’est le moment où le principe de plaisir se trouve qualifié de tendance, tendance qui rencontre des obstacles, mais pourtant perdure. Derrida remarque que ceci a pour conséquence la conception d’un ensemble indissociable.plaisir et réalité :C’est le moment où Derrida introduit là la différance entre principe de plaisir principe de réalité:

 « Par quel bout on prenne cette structure à un trois terme, je dis bien au bout une mort n’est pas opposable ,qui n’est pas par différence dans le sens de l’opposition du principe de plaisir et du principe de réalité, ou de la différence détournante, mais y est inscrite dans le fonctionnement même de cette structure. Ainsi il est une sorte de consubstantialité vie mort. »

Troisième étape : le rapport entre Principe de Plaisir et compulsion de répétition.

Il est abordé par le versant énergie libre, énergie liée, chacune correspondant l’une aux processus primaires, l’autre aux processus secondaires. Si le Principe de Plaisir peut assurer sa fonction, c’est qu’une liaison de l’énergie s’est déjà produite. Il y a une double logique pour la compulsion de répétition, elle mine la maitrise du Principe de Plaisir lorsque nous sommes dans le secondaire, elle collabore à son édification lorsque nous sommes dans le primaire. Derrida donne deux exemples :Le jeu répétitif du FOR/DA assure  le plaisir de la maitrise chez l’enfant, alors que l’adulte va vers le plaisir dans la nouveauté. La répétition de transfert avec la précession de la compulsion de répétition avant l’instauration du principe de plaisir, n’advient, que si la liaison préexiste. Si cette liaison fait défaut, nous sommes dans le cas du traumatisme, et la nécessité du contre investissement pour fixer l’énergie.

Nous voyons là que la pulsion sexuelle pourrait être secondaire à une liaison déjà opérante, est-ce une articulation qui conduit à la pulsion de vie ? Voire même elle pourrait être considérée comme en opposition au jeu des pulsions conservatrices.

Quatrième étape :

 Derrida considère maintenant la question dans l’ordre inverse et dit : La pulsion conservatrice paraît contradictoire au principe de plaisir. Freud la qualifie de partielle.

Derrida voit par là la possibilité d’introduire la notion de « propre », et le fait de s’auto affecter de sa propre mort. Dans ces cas là partiel s’entend comme « pas entièrement dédié à la préservation puisque ce qui est préservé est justement ce qui va mourir. » (cet argument était déjà souligné par Laplanche, qui ajoute que Freud en fait mention.)

Cinquième étape : interrogations sur la maitrise du principe de plaisir.

Cette tendance au plaisir n’est présente qu’entre deux fonctionnements, deux fonctions sans plaisir que sont la liaison et la décharge. Si bien que la maitrise du principe de plaisir ne se produit qu’en se limitant. C’est à ce propos que Derrida interroge sur la notion de pulsion d’emprise.

Au terme de cette approche il conclut sur la notion de tension  (centrale pour la conception des pulsions chez Freud) à savoir: est-elle liée à la grandeur absolue des niveaux d’investissement, ou aux variations dans le temps, à la modification, à l’altération des quantités d’investissement dans la série des plaisirs ou déplaisirs p137

Et Derrida poursuit :

 « La structure de lier ligoter garroter enchainer, mais quoi, je dirais ce qui est aussi primitif que cette fonction de liaison, à savoir les forces pulsionnelles les excitations sexuelles, le X dont on ne sait pas ce qu’il est avant qu’il ne soit bandé et représenté par des représentants .»

 C’est me semble-t-il poser la question de l’origine, question qui a retenue l’attention de Piérra Aulagnier par exemple avec le concept de pictogramme; si nous étendons la réflexion cette question se retrouve dans la physique quantique lorsqu’elle pose la question de la matière à partir d’un seuil d’énergie.

7) Du coté de la tension, de la dynamique, du mouvement, de l’énergie.

Dans cette série d’interrogations portées par Derrida aux formulations freudiennes de pulsions de vie, pulsion de mort, principe de plaisir, il  apparaît  que c’est la tension vers l’action qui focalise la recherche, elle même prise dans une dynamique conceptuelle.

Pour autant nous restons très loin de la dimension du sens, lorsque nous nous cantonnons dans cette dimension énergie. Dans le champ continu d’un mouvement se dessinent des  trajectoires, lorsqu’il passe  par l’humain le mouvement peut prendre le nom de pulsion et son organisation se confronte alors à l’intervention du symbole .

Lorsque Freud propose la psychanalyse, les théories en cours sur l’énergie psychique sont déjà nombreuses. Mesmert a un grand succès. Le fluide de l’hypnose est à l’étude.

D’autres approches de la médecine s’y réfèrent également : l’acupuncture n’est qu’une des théories des mouvements d’énergie du corps.

Freud ne renonce pas à cette dimension, il la revendique même, la psychanalyse n’est pas une philosophie, elle ne se construit pas sur cette épistémologie. Bien qu’elles aient apporté leurs contributions. Toujours Freud fera référence à cette dynamique que seul le retour à la clinique peut alimenter, remettant sur le métier la diversité des observations.

Essayons par  les connaissances de notre culture scientifique actuelle de reprendre cette question de l’énergie:

Il existe une énergie concernée par l’activité psychique. Cette énergie tire sa source dans une localisation somatique qui en dispose pour cela. (Point de vue freudien)

Pour le corps la source oxygène glucose semble résumer ce qui peut être considéré comme le carburant de la construction des matériaux et aussi du fonctionnement du corps. Cela est valable du vivant le plus simple au vivant le plus complexe. Nous savons que le cerveau est un grand consommateur de cette voie énergétique. Nous en connaissons les sources, les circuits de pénétration par la respiration et la digestion.

Ces deux voies sont capable de fournir toutes les énergie nécessaires.

La chimie en rend compte (Freud y fait référence), Elle ouvre une compréhension de la dynamique de la matière, dans différents aspects ( plus ou moins rapide : réactions, plus ou moins lent : stockage.) Pour autant la chimie fait –elle à elle seule le tour de la question à laquelle nous avons à faire concernant l’aspect énergie ? Il existe d’autres types d’énergies que sont : l’énergie cinétique, l’énergie thermique, électrique, lumineuse, secondaires à différentes des forces. Si nous restons dans le domaine scientifique qui parle d’énergie se réfère à l’une ou plusieurs d’entre elles.

8) Les différentes énergies leur repérage lors des opérations de  la psyché.

(opérations intellectuelles , opérations imagées, sensations et motricité , dans le champ d’une inter-relation.)

La gravité et l’énergie cinétique.

Dans ce domaine l’homme en particulier  avec sa station debout et sa locomotion déploie une énergie importante. Ce déploiement contribue-t-il au fonctionnement psychique ?

Remettre debout est un objectif humain et la pensée s’en trouve profondément modifiée dans son cours car si cette dépense d’énergie nécessité par la verticalité n’est pas directement celle du mouvement psychique, nous pouvons envisager que la position du corps influe de façon significative sur ses cheminements.  (Le maintien de la tête chez l’enfant également) Il est possible d’ y voir une contextualisation.

Du coté de l’énergie cinétique celle de l’énergie des masses, l’initiative de notre intervention sollicite d’abord le niveau proprement psychique pour déplacer notre corps, les objets,  l’air. C’est de ces déplacements de cette mouvance même que nait une communication étendue au delà de notre espace corporel. Aussi en retour l’énergie cinétique de l’objet qui vient vers nous , peut nous mobiliser tant psychiquement que physiquement, jusqu’à en mourir.

L’énergie thermique

Si nous portons attention à la température, nous savons que les zones du cerveau en activité selon les cas  voient leur température augmenter. Il n’y a pas de théorie à partir de cela cependant la température du cerveau est un critère d’activité. Les organismes que nous sommes ont tout un système de contrôle de ce niveau d’énergie.

De quelle façon intervient-t-elle dans le niveau relationnel ? Pour les animaux non régulés, jusqu’à certains mammifères (ceux qui hibernent) la baisse de température diminue ou stoppe l’activité relationnelle. Entre humains, nous savons qu’elle intervient puisque la variation de température est perçue par l’autre dans la relation par de multiples canaux, directs ou indirects avec les modifications et transformations qui apparaissent dans des registres différents. Ainsi apparaît ce qui fera signal visuel (rougeur)sensitif (chaleur au toucher)odorant (sueur produite dans cette circonstance) autrement dit tout un panel informatif interne diffusant vers l’environnement . Il arrive même que le déroulement de notre activité psychique s’en trouve influencé. De plus elle peut être aussi consciente et de cette façon enrichir et complexifier la cascade des évènements qui en découlent. Par exemple si le propos d’un locuteur reste inchangé, il se peut que la réception par l’auditeur prenne en compte ces aspects informatifs.

A titre d’exemple celui d’une psychothérapeute qui dans le déroulement d’une séance remarquait à l’occasion de certaines évocations verbales la survenue d’une odeur particulière chez son patient. Cette odeur( méconnue, ou pas, par le patient) attirait l’attention du thérapeute, avec le fait que si celui-ci était en mesure de focaliser sa possibilité d’interprétation sur les contenus verbaux, en revanche il lui était plus difficile de prendre en compte la signification contenus olfactifs.

A noter que si le corps peut devenir chaud par lui même, il peut aussi le devenir par effet extérieur. Cela il peut le fuir . Peut on nier une dimension d’énergie reçue ? (C’est à rapprocher des propos de Freud sur la facilité de s’écarter d’une excitation extérieure, l’énergie reçue et l’énergie pour s’écarter ne fonctionnant pas en équivalence.)

Ceci pour dire que l’effet thermique est en lui même informatif, il dépasse la conception entropique conçue comme déperdition par  diffusion univoque dans l’univers : Par exemple dans le cheminement de l’énergie électrique.

L’énergie électrique

 L’énergie électrique participe aussi au fonctionnement de notre corps,son intervention ne parait active dans notre rapport à l’autre, cependant nous pouvons en faire l’expérience dans certaines situations comme l’électricité statique.

Dans de nombreux endroits du corps nous savons qu’un certain nombre de flux électriques sont repérables. Déjà la simple cellule est l’objet de charges électriques qui la différencie de l’environnement. Des ensembles de cellules sont organisées en vue du cheminement d’un flux électrique pour, devenues cellules nerveuses, dessiner des trajets, transmettre des fréquences, produire des pulsations. Le recueil peut  être fait à différents niveaux : cellules, nerfs, ensemble du cerveau. L’absence de manifestations électriques au niveau du cerveau est contemporaine du coma dit dépassé, une mort est envisagée comme telle si la situation dure plus de 24h elle est considérée irréversible.

A noter pourtant que quelques récits viennent remettre l’interrogation de la persistance d’une pensée parfois pendant ces périodes. (Y aurait-il d’autres énergies  non détectées concernées ?)

Cette activité électrique est aussi repérable dans des lieux du cerveau qui s’activent d’une façon simultanée à une action consciente qu’elle soit volontaire ou induite par des décharges électriques imposées. En conclure une causalité simple est probablement réducteur. Il est possible par contre que cette possibilité d’activité soit un pré-requis. De tels  prérequis d’activités de zones du cerveau sont nécessaires au déploiement de l’activité de penser.

Il est à noter que cette activité est générée aussi par un rapport avec l’extérieur: actions mécaniques, thermiques, lumineuses sur des points précis qualifiés de récepteurs.

On observe parfois qu’une stimulation dont la puissance est relativement faible peut générer de la part du cerveau des orages électriques assez importants comme dans le cas de certaines stimulations lumineuses rythmées.

L’énergie lumineuse.

La question n’est que profilée, Nous venons de remarquer que l’activité électrique de notre cerveau est transformée en particulier au niveau postérieur (quoique la rétine elle même soit du cerveau) par la lumière. Si nous absorbons, reflétons la lumière par notre corps peut être y sommes nous sensible à bien d’autres longueur d’ondes que celles pour lesquelles nous avons des récepteurs spécialisés. Par exemple les rayonnements radioactifs  et cosmiques sont incriminés pour l’origine de certaines mutations chromosomiques.

Quant à savoir si nous sommes nous-mêmes des émetteurs,  pas seulement des réflecteurs de lumière, l’observation de nos infra rouges le laisse envisager, y  a-t-il d’autres fréquences ?que recouvriraient –elles comme mécanismes ?

 La question peut s’envisager dans les termes suivants : Que devient cette énergie mobilisée ? Dans la plupart des cas on peut dire qu’elle se transforme d’une forme à l’autre : chimique –électrique-thermique-mécanique-électro-magnétique-etc.

Ainsi pourrait se proposer une lecture énergétique dans notre interrelation, en dessiner des cheminements et poser ainsi la question des formes adoptées ouvrant sur la dimension de l’information qu’elles portent.

Par exemple pour le flot lumineux auquel nous sommes soumis en continu, notre perception visuelle en repère les variations (la matérialité de notre environnement influe sur ce flot, sa  fluctuation est perçue : Ainsi l’objet bouge, mais l’œil aussi qui explore l’image, d’un objet, d’une écriture.) Ce flot lumineux a d’infinis variétés dans ses niveaux énergétiques : ombres, éclats, couleurs. L’œil qui le reçoit en transmet , ou plutôt en convertit l’énergie,(conversion chimique avant d’être électrique, avec amplification du signal ou pas). Nous le savons par le repérage de l’activité électrique du nerf optique, suivons le cheminement dans les aires cérébrales primaires, secondaires, associatives.Parfois l’activation se propage dans la suite vers les nerfs périphériques et active les muscles striés ou lisses, produisant une énergie cinétique qui a son tour participe au flot énergétique dans une communication qui fera retour : par exemple Il est possible de s’entendre (pression de l’air), de se voir (retour d’image), de ressentir les pressions de son action  (sur l’objet ou sur soi).

Ainsi décrit nous nous situons dans un niveau d’observation qui dépasse la dimension « matérialiste  ponctuelle» telle que nous la formulons dans la perception courante. Là où justement nous voyons, nous ne « voyons » pas que nous voyons. Appréhender les notions d’énergie à ces occasions offre une dimension de réflexion qui approche les questionnements de type au delà de la finitude telles que les posent Meillassoux

8) Epistémologie: les différents paradigmes.

Un passant sous la pluie voit apparaître sur certains cailloux exposés une mousse.

Un chimiste lui dira que cette mousse résulte de l’effet d’un acide sur une pierre calcaire.

Un géologue lui dira ensuite que cette pluie acide est l’effet du début d’éruption d’un cratère situé hors de vue.

Selon la culture du passant, il acceptera ou pas ces points de vue.

la différence porte sur le paradigme d’approche et chacun ne se substitue pas à l’autre.C’est aussi de la focalisation ( élargie,concentrée ,pénétrante) dont le phénomène est l’objet que résulte les différentes interprétations.

Par analogie le phénomène psychique pourrait être envisagé selon différents paradigmes par exemple: associationnisme, gestaltisme. sciences physiques

9) Proposons maintenant un niveau d’observation : celui de la pratique psychothérapeutique.

Chaque vendredi j’expose à mes collègues des cas cliniques dans un parcours de soins type psychothérapie.

réunion clinique

Un premier niveau de lien de causalité est celui du  parcours dans un  lieu  donné: la perspective  est du soin, est posé une indication et il s’en suit une action de rencontre ou pas.

Un deuxième niveau, pour décrire la même situation du fait de la venue du patient, j’expose une problématique , elle correspond à des critères diagnostics, s’en suis une réponse programmée.

Troisième niveau : ma parole dispense un contenu sémantique langagier et un contenu infra langage, au moment du propos se dessine une image qui s’est constituée au fil de la rencontre entre le patient et moi. Cette image se reconstruit, s’élabore advient au cours de l’échange, elle prend place et intervient dans la conduite de la rencontre ultérieure avec les collègues, (et interviendra pour  la suite  en mobilisant un des thérapeutes.)

Cette image a plusieurs particularités dans le travail, vue de mon coté, il y a le moment où elle convoque en moi  la singularité qui se rapporte à cette personne. Ce n’est pas et loin de là son aspect physique, ni même son nom, mais cette image qui fait irruption et le rend présent. Cette image pourra être reconvoquée. C’est grâce à cette image que je pourrais apprécier l’évolution du patient dans la psychothérapie en cours

Est-ce par ce médium que le cheminement du patient parmi les psychothérapeutes s’est fait ? J’ignore ce qui conduit à un moment l’un des thérapeutes à l ‘inscrire sur son carnet de rendez-vous. Par la suite lorsque la cure sera évoquée en réunion, l’image ressurgira à un moment du dialogue.L’image n’en est pas une au sens propre, bien que parfois elle puisse en avoir cet aspect, pourtant je n’ai pas de doute lorsqu’elle m’apparaît, j’ai le sentiment que mon interlocuteur et moi parlons bien de la même personne, même si les approches sont différentes, et si des changements sont observés.

Nous sommes dans un courant d’échanges qui pour se déployer demande toutes les transformations d’énergie évoquées plus haut. Que vient faire cette image sinon qu’elle m’apparaît, se constitue, se transforme par le biais des communications énergétiques, avec mon interlocuteur, pour advenir dans un autre temps un autre lieu que là où elle s’est constituée. Ce n’est pas elle qui se transporte, mais elle est transportée, dans le courant des modulations de l’énergie. Il y a le moment où elle est là. Dans notre propos ce n’est pas une image optique, c’est une image mentale peut être une forme qui se dévoile.

Il est possible de rapprocher de cette description un propos du livre de Sibony « un cœur nouveau ». Il donne un exemple de l’importance du travail sur l’image: « Au moment où il est question de prélever un cœur sur un corps, ce sont les vivants qui écopent, ceux qui ont mal au corps, via l’image du corps aimé, à l’idée qu’on va l’ouvrir et se servir»: Il évoque plus loin : « il faut faire le deuil de l’image à toute vitesse, il faut vite inciser sa mémoire pour y faire entrer l’esprit du temps…. « .

Nous pourrions aussi au plus près de Freud reconsidérer la question du narcissisme dans la mélancolie, et son rapprochement avec les symptômes de la dépression.

10) Tentons le rapprochement de notre propos avec la démarche d’un artiste contemporain Joseph Beuys.[4]

Beuys

Dans le courant du vingtième siècle, la sculpture était généralement faite en utilisant un matériel solide comme la pierre, le bois, le plâtre, le bronze etc . Depuis 1960 la notion de sculpture s’étend pour inclure des matériaux éphémères, et des performances. Dans ce sens Joseph Beuys envisage la sculpture comme une constellation de forces  » composées d’énergies  indéterminées chaotiques adirectionnelles, un principe cristallin de forme, et en médiateur un principe de mouvement ». Appliquée aux propriétés thermiques : l’énergie chaotique correspond à la chaleur, les formes cristallines au froid.

Ce principe de dualité sous tend tout le travail de Beuys y compris lorsqu’il parle de sculpture sociale. les forces décrites sont envisagées comme les forces directionnelles de la nouvelle société.

L’œuvre dont une présentation est faite actuellement à la galerie Hamburger au BanHoff de Berlin débute en 1974. A cette époque à l’exposition de Londres « art into society, sociéty into art » Beuys organise sur ce sujet une discussion avec les visiteurs, et il retrace le cheminement de la pensée développée à cette occasion sur des  tableaux noirs.Considérations conceptuelles qui produit de l’énergie mentale, que Beuys met en équation( parallèle) avec la chaleur.

En 1977 il dirigeait ces énergies en  incorporant les tableaux noirs dans une installation  pour la nouvelle Nationale Galerie de Berlin. Les termes et idées consignées, parties d’un ensemble qui n’était plus visible, ont été concentrés d’une manière similaire à celle de l’accumulation d’énergie dans une batterie. (elles réalimentent à cette occasion les considérations conceptuelles) Les multiples « capri batteries » procurent une charmante illustration de la pensée dualiste de Beuys. Elles sont maintenant au BanHoff, et c’est de les avoir vues que j’écris ce paragraphe, en développant moi-même de l’énergie.

Y a-t-il une analogie entre ce qui est dans ma tête en mémoire et ce qui est inscrit sur les tableaux de Beuys ,voilà qui questionne la lecture .

Ce qui est dans la tête une image mentale est une ressource d’échange

C’est elle qui permet de retrouver le patient dans l’échange avec les collègues ,le tableau dans l’évocation avec les amis c’est elle que les mathématiciens convoquent lorsque parlant à un collègue ils expliquent un problème pour éviter de retracer toutes les formules employées pour le résoudre. Ou bien enfin c’est elle encore que le metteur en scène obtient de l’acteur lorsque au travers des explications, celui ci perçoit l’interprétation attendue; je vois ce que tu veux.

Peut on appeler cela une forme ? Elle trouverait sa transcription sur différents plans, sur différents supports.

J’attire l’attention sur le fait que le support à son propre cheminement, le tableau peut être mouillé, altéré, ma tête peut être endormie, occupée, amnésique, autant de variations qui font que le relais est de qualité ou pas, stable ou pas. Pour autant le potentiel énergétique reste en devenir.

A ce stade nous voyons que nous sommes dans un perpétuel mouvement, avec de perpétuelles transformations, et que parfois s’y dégage une forme stabilisée un instant dans le contexte de sa formation.

Conclusion :

Acceptez vous maintenant que l’énergie convoquée pour l’activité psychique soit à la fois celle générée par le soma du sujet qui pense, mais aussi d’ une origine hors de lui.

L’individu est alors dans une position relais, capable de transformer, amplifier, réduire, moduler, émettre de l’énergie. De plus les modulations du flot de cette énergie présente à chaque transformation sont de l’ordre de la forme, et en tant que telle, support de transmission d’informations.

Le symbole prend ainsi la place d’une matérialisation pour ne pas dire d’une réalité, il se situe dans ce flot pour lequel s’est constitué un relais appelé humain qui participe de la transmission. Cette étape est variable elle va de l’absence d’effet, à une rétention transitoire dans un niveau de matérialité par impact, pour la production de nouvelles réalités. Y aurait-il un œil si il n’y avait pas de lumière ? Le symbole serait-il aussi de cet ordre d’extraction et sa mise en œuvre  un corrélatif de la conscience? Le symbole constitue un accès vers la forme, il lui permet d’intervenir dans son mouvement en intégrant son dévoilement. Comme une radio se met à « parler » par un procédé qui lui est propre, inscrit dans un ensemble dont nous en faisons partie, nous nous mettons à parler par un processus qui nous appartient, par une machinerie qui nous est spécifique et nous place dans un accès à ces formes au point d’être en mesure d’en constituer des interprétations dans différents registres, différents régimes énergétiques (ex le son: les ondes pour faire du son et maintenant la lumière pour faire du son avec toujours une forme qui circule) Il nous est possible à partir de là d’enrichir ce que nous appelons notre réalité. Une écriture, un tableau, un objet apparaît dans notre univers. Peut-on parler de création ? 

Et la psychanalyse là dedans ? Elle garde toute sa place, elle offre une possibilité dans laquelle une circulation se repère et se faisant permet une transformation, peut être une métamorphose ? Quand bien même elle se cantonnerait au devenir d’un ensemble circonscrit (un individu parmi d’autres dans un monde) dans une mobilité générale .

Sur la question de l’image mentale telle quelle a été évoquée au cours de l’exposé: si dans la psychanalyse il est beaucoup question d’images, leur traitement est assez varié, parfois directement issue de l’optique, image du miroir, évocation d’image par le souvenir, par le rêve et la question devient plus délicate avec l’hallucination avec l’image narcissique, l’image de soi où le rapprochement est plutôt vers une image mentale. Il en est de même avec l’imagination. Quelle est son rôle dans l’intervention d’interprétation, il arrive que sa venue s’y réfère lorsqu’il est question de co-création, d’ailleurs à ce moment elle prend en compte un au delà de celui qui énonce. Il arrive aussi qu’elle suscite des évocations d’images chez l’analysant en direct ou en rêve plus tard, indice qu’un travail, un mouvement s’accomplit. Tout élément qui permet une recherche de causalité, de logique.

Lorsque Derrida souligne la dimension de fiction de la proposition de Freud, il ne peut entreprendre une déconstruction, il peut seulement construire une autre fiction et la proposer à son tour.

C’est aussi une fiction qui est proposée ici, il me fallait l’écrire.

Cette fiction se veut ouvrir l’abord du psychisme par le paradigme de l’énergie.

Elle vise à rejoindre le courant de pensée qui « envisage » l’esprit, l’intelligence, la réflexivité comme étendus au delà de l’humain (Coccia). Elle ne propose pas de réponse,mais souhaite susciter malgré la complexité qu’elle anticipe les contributions dans ce domaine.


Bibliographie

[1] Laplanche et Pontalis dictionnaire de psychanalyse

[2]Derrida La vie la mort Séminaire (1975-76) séances 11-14 éditions du Seuil 2019

[3]Meillassoux Après la finitude éditions du Seuil 2006

[4] Catalogue exposition Londres institut des arts contemporains 1974