compte-rendu de la conférence de J Puget

                   Compte-rendu de la conférence de Janine Puget,

Depuis plusieurs années, nous entretenons avec Janine Puget une réflexion sur sa conceptualisation du social dans la clinique et sur la notion du Différent. Nous la remercions vivement d’avoir, lors de son passage à Paris, poursuivi cette réflexion. Le Différent est aussi pensée, et l’étrangeté qui est un élément central dans les expériences du quotidien de la modernité et de la postmodernité.

Selon Janine Puget, notre fonction en tant que sujet social n’est pas de changer le monde, mais de faire avec, c’est-à-dire de produire de nouvelles idées. Devant la peur de penser que fait-on ? Et avec la violence ? Or la violence n’a pas de pays, car les frontières ne sont pas étanches ? Nous ne pouvons pas revenir en arrière, l’importun, l’étrangéité s’imposent à nous et il faut en faire quelque chose. Il y a donc une difficulté dans le social d’aborder le politique, le risque serait de le résoudre de façon binaire en blanc ou noir.

Dans la cure psychanalytique, l’analysant, dans l’intrapsychique, dit les faits, c’est à dire le réel, mais pas les opinions. Comment le patient se bâtit-il alors son opinion ? Il nous faut donc créer un autre langage qui ne nous renvoie pas à l’Œdipe. Il s’agit d’intervenir en tant que sujet autre, sujet doté d’une altérité qui n’est pas là pour interpréter. (Ceci, en référence au dernier livre d’Alain Badiou). Il y a donc une nécessité d’ouvrir sur des nouvelles pensées qui nous permettent de nous déplacer de l’identitaire, c’est-à-dire sortir du Un et entrer dans la dynamique du Deux, celui du Différent. Quels seront ces effets sur cet espace de l’entre deux ? Que se passe-t-il au niveau du Deux ? Celui laissera une place au niveau du Un.

Janine Puget précise que nous avons à faire avec l’étrangéité de chacun qui a un rôle fondamental. Il ne s’agit pas ici de mondes superposés qui sont des mondes organisés autour du Un. Mais aussi, les patients ne sont pas des objets de transfert et les explications ne permettent pas de penser l’espace entre Un et Deux. Il s’agit de considérer cet espace en tant qu’un espace d’échanges montrant les différences entre les uns et les autres, pour supporter le désaccord et vivre ensemble. L’espace du désir est donc utile car il permet d’aller de l’avant.

Qu’est-ce que l’appartenance ? Faire ensemble ? Comment habiter le même espace ? (Les références sont alors celles de J.L. Nancy, J. Rancière, E. Balibar). Le patient ne vient pas en analyse pour son appartenance au social, comme si l’appartenance était fixe, alors que nos appartenances sont mouvantes. Janine Puget considère que le social n’est pas ce qui est arrivé, celui de l’ordre de la re-présentation. Mais il est bien ce qui se présente avec l’autre et l’ensemble. Il est de l’ordre de la présentation. Qu’en est-il du faire de la politique dans la séance ? Et du « faire ensemble » ? En psychanalyse, il n’y a pas de référence à ces sujets de la subjectivité sociale. Toutefois, la citoyenneté de chacun est irréductible. Si l’appartenance à la famille peut être questionnée dans la cure, il n’en n’est pas de même pour son appartenance sociale.

Pourquoi devons-nous nous imaginer que nous avons besoin de racines solides ? Si les anciens apprennent le monde, néanmoins parents et enfants parlent des langues différentes. Les enfants actuellement apprennent le monde à leurs parents. Qu’en est-il de notre besoin de familier ? Le monde n’est plus représentationnel, nous vivons un monde du présent, mieux encore, nous avons à faire à celui du pur présent. Nous subissons les superpositions d’intérêt, ce qui produit chez l’analyste une micro-sensation traumatique.

Face à tant de pensées différentes apparaît un nouveau signifiant, celui d’éviter de parler. Or le signifiant du Deux permet d’aborder la violence intrinsèque et de tolérer ainsi notre travail qui fait ouvrir de nouveaux débouchés. En approfondissant ainsi le monde du Deux, nous voyons qu’il n’y a pas d’articulation ni facile ni possible. Il s’agit alors de création d’un bien communautaire qui provoque bien plus de différences. Pouvoir supporter des désaccords, c’est gagner en largeur, gagner un espace. Cet espace des désaccords utiles nous permet d’aller de l’avant, l’envie d’être ensemble, la curiosité de penser. Ceci relève-t-il de la psychanalyse ? Présentation d’une autre métapsychologie que celle de l’inconscient du monde intérieur, dans cet espace de l’entre deux, qui est infranchissable, apparaît le symptôme : ce qui ne m’est pas utile.

Le reproche que nous faisons à la vie, c’est qu’elle n’est pas ce qu’elle devrait être. Cet autre choc d’altérité de présence est ainsi renvoyé au Un. Or, la réalité de l’étrangéité s’impose en permanence et nous fait nous tourner vers la violence. Il y a donc à envisager de nouveaux nouages corps/psyché avec le sentiment de responsabilité.

En situant la psyché solidaire du social, Janine Puget nous amène à penser l’autonomie autrement que dans l’individualité. Le sujet humain est aux prises avec l’inconnu ; expérience qui n’est pas reconnaissable mais demande de faire avec. Ainsi, le politique et la politique du sujet social créent-ils un espace qui ne renvoie pas à sa propre histoire. La « douleur à comprendre » de certains sujets nous intéresse, non au point de vue psychanalytique et non au point de vue personnel, mais sur les effets du politique et de la politique sur la séance.

Il y a un retrait narcissique des psychanalystes devant le subjectif social du patient. Difficultés de pouvoir s’entendre entre analysant et analyste, du fait, de ne pas parler la même langue celle du Un et celle du Deux. Dans l’espace du Deux, nous construisons l’histoire avec de nouvelles données que nous ne mettrons pas au passé. Nous travaillons alors avec des subjectivités sociales.

Marie-Laure Dimon et Louis Moreau de Bellaing