Avec Jean Nadal

 La pulsion de peindre – La toile et son inconscient,

Éditions l’Harmattan, 2018

Coll. Psychanalyse et Civilisations

Il faut remercier Jean Nadal pour ce livre La pulsion de peindre, qui nous permet, en le lisant, de parcourir un musée personnel imaginaire, tel ou tel tableau, tel ou tel peintre venant spontanément à la conscience, illustrer ce qui se théorise et s’ explicite ici.

 En effet, cet ouvrage crée en nous lecteur, toute une série d’associations d’idées, de souvenirs picturaux, de traces émotionnelles liées à ces tableaux qui nous accompagnent silencieusement dans la vie.

 Peintre et psychanalyste, psychanalyste et peintre, il approche la pulsion de peindre au plus près. Les concepts théoriques de pulsion d’emprise, de pulsion scopique, la place du rêve, l’ombilic du rêve, les réflexions sur le sensoriel, la trace, le pictogramme, l’objet perdu, pulsion de vie, pulsion de mort, concepts qui ont toujours accompagné la pensée de Jean Nadal , lui permettent de rendre compte des processus en œuvre dans l’acte de peindre, ou comment le tableau est le résultat de ce travail .

La toile, espace psychique rendu tangible. La toile pense, écrit-il.

Le corps de l’œuvre et le corps propre se rejoignent.

La toile comme produit du travail d’élaboration de traces inconscientes, la propulsion, l’impulsion à peindre comme produit du travail psychique du sujet peintre et de sa bataille avec ses objets perdus/retrouvés

Cet ouvrage a le mérite de montrer comment , figuratif ou abstrait, chaque sujet peintre se bat avec l’expression des objets internes.Ainsi, tout au long du livre, il va suivre, interroger, comprendre Léonard de Vinci, qui par ses Carnets , ses réflexions , nous fait entrer dans le nécessaire du sfumato, qui doit rendre réel, Rothko, tant d’années après, qui veut atteindre une expérience d’immersion dans la couleur pour une expérience métaphysique, Picasso, cannibale de la vie, prolifique comme le désir qui l’anime, Paul Klee qui cherche à rendre une harmonique cosmique . Ainsi, chemin faisant, tous ces peintres que l’on aime et qui nous touchent tant, se mettent à nous parler.

La pulsion de peindre ou la bataille entre Pulsion de vie Pulsion de mort, entre retrouver et réparer l’objet perdu, nous fait sentir l’équilibre tragique, tout le temps menacé qui, lorsqu’il se rompt, conduit le peintre à bout d’inspiration à se tuer : Nicolas de Staël, Rothko, l’inspiration épuisée, il n y a plus de support à la destructivité, de champ de bataille où la figurer. La bataille contre la destruction d’un Basquiat,  dont les toiles sont toutes animées du désir que la colère le tienne debout, lui serve de proclamation.

Egon Schiele qui retombe toujours sur la solitude, au plus près des corps.

Et plus heureusement, un Bonnard, genre de Proust peintre,qui nous montre comment l’instant est traversé de tant de réminiscences qui se superposent.

Un Tal Coat qui va refabriquer le réel par l’épaisseur de la matière

Un merveilleux Chardin qui retrouve la gentillesse des objets du quotidien procurant la paix d’une illusion d’éternité. Et à l’autre extrémité,qui mieux que Bacon rend compte de cet effroi du dedans torturé?

La toile pense et cet ouvrage nous permet de penser,accompagné de tous ces fous de peinture, la bataille vitale qu’ ils expriment pour nous.

Peggy Nordmann